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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 22:24
Et bien non !
Trop normal d'être noir une fois de plus...

Pourquoi passer sa vie sur un dernier souvenir triste, percuté chaque année, alors que la vie est tellement débordante de souvenirs joyeux, humoristiques, tendres et amoureux...

Pas de poème pleurant cette année, mais une histoire d'hommes...

Un jour, papa m'emmena dans son grand jardin...
Je pensais qu'il s'agissait d'engagements sur la future récolte des haricots, des tentatives de tomates (en Lorraine !) des petits pois ou de ces cornichons si amoureusement caressés au torchon avant d'aller se baigner au vinaigre...
J'avoue maintenant que ces récoltes m'on mis par le passé dans de tels états que, depuis, je n'apprécie pas particulièrement les légumes...

Mais non !
Me faisant remarquer que maman faisait la lessive de la maisonnée, ce qui pour un petit macho faux-rital ne valait pas une promenade dans le jardin, il me prit l'épaule en me disant qu'elle avait trouvé des préservatifs dans une poche de pantalon ; le pantalon de son enfant (bon ! je n'avais que 15 ans...)...
Je l'imagine maintenant se précipitant pour montrer "ça" à papa, et la discussion qui a dû les animer et, enfin, au moins pour en terminer provisoirement, la décision de papa de "m'en parler"...

Je l'imagine aujourd'hui !
Parce que ce jour là mon cerveau avait convoqué mes milliers de neurones (de l'époque) pour imaginer une réponse, au moins temporaire...
Son bras, sur mon épaule s'est soudain fait plus lourd...

Bon ! Jean-Yves, tu as été en voyage scolaire en Allemagne il y a un mois. (cela était vrai). Tu as trouvé en ville un distributeur de capotes, tu voulais voir ce que c'était, tu as mis une pièce dans la machine, pour voir cela de plus prés ;

Papa venait donc de me fabriquer un superbe alibi, ou seule la curiosité avait pu mettre dans ma poche une petite guirlande de 3 préservatifs... Il m'expliquait, au demi-tour de la promenade jardinière, que c'était ce qu'il avait dit à Maman, et qu'il lui confirmerait aprés ce dialogue mono-dirigé...

Il avait rempli son rôle de père (même si je n'imagine pas maman me demander avec qui je m'en servais, ce qui expliquait que cette fois elle ait confié à Papa la gestion du "problème" !)
Mais j'aurais pu remplir mon rôle de fils, lui dire que donner des bouquins sur "comment on fait des enfants", voire le célèbre "adolescence" qui osait parler du plaisir sexuel, n'était justement ni plaisant, ni attirant.
Lui dire que mes années de pension chez nos amis les bons pères et mes vacances en colonies n'avaient en rien participé à ma compréhension de l'amour physique, hormis quelques éclats mal partagés...

Peut-être qu'il se doutait. Peut-être...

Mais l'explication du voyage trans-rhénan, avec distributeurs, suffisait au calme maternel.

On pourrait penser que ma sexualité était ; au sens d'exister.
Et personne ne sait pourquoi dans la guirlande de trois, maman n'en a trouvé que deux...

Personne sauf moi.
Calmons-nous ! Ce fut une étude matérielle, avec mise en place hasardeuse et des moments à soi !
J'ai été vierge jusqu'à 21 ans ; ce qui prouve que l'étude matérielle et les moments à soi furent longs et hasardeux !

Mais si j'avais "perdu" une soi-disante pureté virginale six ans plus tôt, et si papa l'avait alors compris, aurais-je échappé à un conseil de famille à huis-clos ?

Le bras sur mon épaule, calme et amoureux, me disait de ne rien dire d'autre...
Et quarante ans plus tard j'en parle, un peu ; Les colonies de "vacances" (vacance de tant de valeurs), le petit séminaire, où les choses de la vie font plus mal que les choses de l'esprit...

Après trente ans, il y a prescription pour ces douleurs... Personne ne doit payer s'il ne l'a fait, au détour d'un virage de sa vie...
Et voilà que je me révèle toujours planqué derrière un voile trop noir ; trop noir pour laisser passer la lumière. la Lumière.

J'aurais aimé reparler à Papa de cette promenade de jeunesse ; lui dire que quand un enfant dit que "ça va" ce n'est pas toujours vrai et que quand il dit "cela ne va plus", c'est souvent trop tard...
Lui parler, enfin, d'adulte à adulte avec moi qui fut enfant trop longtemps ; à chercher les bonnes couleurs ce doux age, parait-il...
Et c'est là que soudain on se re-souvient que nous sommes le 21 décembre...

Mais, bizarrement, je sens qu'il le sait enfin...

Jean-Yves, le 21 décembre 2009
à Loïc,
qui sent pourquoi...



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Par Jean-yves BUGELLI - Publié dans : AUTRES MOTS - Communauté : Poèmes d'aujourd'hui
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