Lundi 29 décembre 2008
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Le chemin de ce blog ? Un slalom entre nostalgie et actes manqués, noirceur et morbidité, Charybde et Scylla. Excellent
!
Ajoutons à celà une tribune où je me risque non sans un certain masochisme. Lecteur maltraité qui ne sait rester coi, bien fait
(bienfait ?) pour moi. Et une certitude : je ne suis pas encore prêt pour le concours de celui qui va le plus mal.
Je me cherche dans tes traces mais je suis dans la nuit
Le fil, la flamme, le feu, je les perds et j'enrage
Je brusque, je râle, je veux, j'ai besoin d'un ancrage
Et je tombe en disgrâce, et tout cela m'ennuie
Bruno B. le 4.11.08
COMMENTAIRE A « NO FUTURE... »
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Par Jean-yves BUGELLI
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Samedi 5 janvier 2008
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PROPOS SUR LE BONHEUR Chap IX
Maux d'esprit
12 décembre 1910
L'imagination est pire qu'un bourreau chinois ; elle dose la peur ; elle nous
la fait goûter en gourmets. [...] l'instant d'avant elle était comme nous
sommes quand nous ne pensons point à la catastrophe.
Un promeneur est atteint par une automobile, lancé à vingt mètres
et tué net. Le drame est fini ;il n'a point commencé ; il n'a point duré ;
c'est par réflexion que naît la durée.
Aussi, moi qui pense à l'accident, j'en juge très mal. J'en juge comme un
homme qui, toujours sur le point d'être écrasé, ne le serait jamais. J'imagine
cette auto qui arrive ; dans le fait, je me sauverais si je percevais une telle
chose ; mais je ne me sauve pas, parce que je me mets à la place de celui qui a
été écrasé. Je me donne comme une vue cinématographique de mon propre
écrasement, mais une vue ralentie, et même arrêtée de temps en temps ; et je
recommence ; je meurs mille fois et tout vivant.
Pascal disait que la maladie est insupportable pour celui qui se porte bien,
justement parce qu'il se porte bien.
[...] Un homme qui souffre espère, comme un bonheur merveilleux,
un état médiocre qui, la veille, aurait fait
son malheur peut-être.
Nous sommes plus sages que nous ne croyons.
[...]
On souffre parce que l'onveut qu'ils soient en même temps ce qu'ils sont et ce qu'ils
ne sont plus. Mais la nature a fait son chemin ; ses pas sont heureusement irréparables ;
chaque état nouveau rendait possible le suivant ; toute cette détresse que vous
ramassez en un point est égrenée sur la route du temps ; c'est le malheur de cet
instant qui va porter l'instant suivant. Un homme vieux, ce n'est pas un homme
jeune qui souffre de la vieillesse ; un homme qui meurt ce n'est pas un vivant
qui meurt.
C'est pourquoi il n'y a que les vivants qui soient atteints par la mort, que
les heureux qui conçoivent le poids de l'infortune ; et, pour tout dire, on peut
être plus sensible aux maux d'autrui qu'à ses propres maux, et sans hypocrisie.
De là un faux jugement sur la vie, qui empoisonne la vie, si l'on n'y prend
garde. Il faut penser le réel présent de toutes ses forces, par science vraie, au
lieu de jouer la tragédie.
ALAIN
Je pensais, comme dans mes trois premières partitions des PROPOS SUR LE BONHEUR, oser y inclure, au fil des paragraphes, ce que je pense...
Et puis le respect, cette vieille notion bourgeoise, l'a emporté sur ma passion... Juste un peu de texte "gras" sur le "gros" de mes pensées... Mes réactions ? Comme sur les extraits précédents,
je me laisserai aller à réagir à vos commentaires... En leur absence ? point de regret, juste le remord de ne pas avoir oser moi-même, et de savoir que ce qui me parle ne s'entend pas
toujours...
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Par Jean-yves BUGELLI
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Mardi 11 décembre 2007
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00:55
je dédie cet extrait à N.
si elle le lit, elle saura pourquoi...
Marie triste
18 août 1913
Il n'est pas inutile de réfléchir sur les folies circulaires, et notamment sur
cette « Marie triste et Marie joyeuse » qu'un de nos professeurs de psychologie
a heureusement trouvée dans sa clinique. L'histoire, déjà trop oubliée,
est bonne à conserver.
Cette fille était gaie une semaine et triste l'autre, avec la régularité d'une horloge. Quand elle était gaie, tout marchait bien ; elle aimait la pluie comme le soleil ; les
moindres marques d'amitié la jetaient dans le ravissement ; si elle pensait à quelque amour, elle disait : « Quelle bonne chance pour moi ! » Elle ne s'ennuyait jamais ; ses moindres
pensées avaient une couleur réjouissante, comme de belles fleurs bien saines, qui plaisenttoutes.
Elle était dans l'état que je vous souhaite, mes amis. Car toute cruche,
comme dit le sage, a deux anses, et de même tout événement a deux aspects,
toujours accablant si l'on veut, toujours réconfortant et consolant si l'on veut ; et l'effort qu'on fait pour être heureux n'est jamais perdu.
Mais après une semaine tout changeait de ton. Elle tombait à une langueur
désespérée ; rien ne l'intéressait plus ; son regard fanait toutes choses. Elle ne
croyait plus au bonheur ; elle ne croyait plus à l'affection. Personne ne l'avait
jamais aimée ; et les gens avaient bien raison ; elle se jugeait sotte et
ennuyeuse ; elle aggravait le mal en y pensant ; elle le savait ; elle se tuait en
détail, avec une espèce d'horrible méthode. Elle disait : « Vous voulez me faire croire que vous vous intéressez à moi ; mais je ne suis point dupe de vos
comédies. » Un compliment c'était pour se moquer ; un bienfait pour l'humilier.
Un secret c'était un complot bien noir.
Ces maux d'imagination sont sans remède, en ce sens que les meilleurs événements sourient en vain à l'hommemalheureux. Et il y a plus de volonté qu'on ne croit dans le bonheur. [...]
Il est clair qu'à remâcher des jugements sévères, des prédictions sinistres, des souvenirs noirs, on se présente sa propre tristesse ; on la déguste en quelque sorte.
[...]
On supporte mieux un mal d'estomac qu'une trahison. Et n'est-il pas mieux de dire que les globules manquent, au lieu de dire que les vrais amis manquent ? [...]
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Par Jean-yves BUGELLI
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Mardi 11 décembre 2007
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extraits de "Propos sur le Bonheur"
Bucéphale
8 décembre 1922
Lorsqu'un petit enfant crie et ne veut pas être consolé, la nourrice fait
souvent les plus ingénieuses suppositions concernant ce
jeune caractère et ce
qui lui plaît et déplaît ; appelant même l'hérédité au secours, elle reconnaît
déjà le père dans le fils ; ces essais de psychologie se prolongent jusqu'à ce
que la nourrice ait découvert l'épingle, cause réelle de tout.
Lorsque Bucéphale, cheval illustre, fut présenté au jeune Alexandre, aucun
écuyer ne pouvait se maintenir sur cet animal redoutable. Sur quoi un homme
vulgaire aurait dit : « Voilà un cheval méchant. » Alexandre cependant
cherchait l'épingle, et la trouva bientôt, remarquant que Bucéphale avait terriblement
peur de sa propre ombre ; et comme la peur faisait sauter l'ombre
aussi, cela n'avait point de fin. Mais il tourna le nez de Bucéphale vers le
soleil, et, le maintenant dans cette direction, il put le rassurer et le fatiguer.
Ainsi l'élève d'Aristote savait déjà que nous n'avons aucune puissance sur les
passions tant que nous n'en connaissons pas les vraies causes.
Bien des hommes ont réfuté la peur, et par fortes raisons ; mais celui qui a
peur n'écoute point les raisons ; il écoute les battements de son coeur et les
vagues du sang. [...]
L'impatience d'un homme et son humeur viennent quelquefois de ce qu'il
est resté trop longtemps debout ; ne raisonnez point contre son humeur, mais
offrez-lui un siège. [...]. Quand un homme a peur la colère n'est pas loin ; l'irritation suit
l'excitation. Ce n'est pas une circonstance favorable lorsqu'un homme est
brusquement rappelé de son loisir et de son repos ; il se change souvent et se
change trop. Comme un homme réveillé par surprise ; il se réveille trop. Mais
ne dites jamais que les hommes sont méchants ; ne dites jamais qu'ils ont tel
caractère. Cherchez l'épingle.
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Par Jean-yves BUGELLI
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Mardi 11 décembre 2007
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00:45
Avant de vous ensemencer de "mon philosophe à moi," dans quelques morceaux choisis, (dans Propos sur le bonheur) permettez de vous dire cette préface des Propos sur le Bonheur, ne
serait-ce que pour justifier mes ramifications avec la simplification d'un homme, Emile CHARTIER dit ALAIN né en 1858 et disparu en 1951... Et si certains intellos ne l'aiment pas, qu'il disent
(et surtout répètent à ne savoir que dire) ici pourquoi...
J'aurai plus de réactions que dans mon extrait du Petit Prince... (qui n'en connut aucune, heureusement que ST Ex ne comptait pas sur moi...) ou alors, c'est que le prix du kilo de pommes de
terre et du litre d'essence vous interpellent un peu plus ? Pour ces derniers, j'en sui désolé, ALAIN va pollué mes pages...
Alain
Propos sur le bonheur (1928)
Voici le jardin du philosophe. On y cueillera des fruits mûris sur le
tronc de la sagesse commune et dorés à cette autre lumière des idées.
Ils en reprennent leur saveur d'origine, qui est le goût de l'existence.
Saveur oubliée en nos pensées ; car on voudrait s'assurer que
l'existence est bonne et on ne le peut ; on en déçoit donc l'espérance
par précaution, prononçant qu'elle est mauvaise. De là s'étend l'empire
de l'imagination déréglée, en quoi Alain, se confiant à la sagesse du
corps, restaure la souveraineté claire de l'homme heureux et qui
n'attend pas pour l'être, ici et non ailleurs, que l'événement lui donne
raison, acteur enfin et non spectateur de soi-même.
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Par Jean-yves BUGELLI
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Jeudi 26 juillet 2007
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23:45
[le petit prince, arrivant sur la planète de l'allumeur de réverbère]
- Peut-être bien que cette homme est absurde. Cependant il est moins absurde que le roi, que le vaniteux, que le businessman et que le buveur. Au moins son travail a-t-il un sens. Quand il allume son réverbère, c'est comme s'il faisait naitre une étoile de plus, ou une fleur. Quand il éteint son réverbère ça endort la fleur ou l'étoile. C'est une occupation très jolie. C'est véritablement utile puisque c'est joli.
Lorsqu'il aborda la planète il salua respectueusement l'allumeur:
- Bonjour. Pourquoi viens-tu d'éteindre ton réverbère?
- C'est la consigne, répondit l'allumeur. Bonjour.
- Qu'est ce la consigne?
- C'est d'éteindre mon réverbère. Bonsoir.
Et il le ralluma.
- Mais pourquoi viens-tu de rallumer?
- C'est la consigne, répondit l'allumeur.
- Je ne comprends pas, dit le petit prince.
- Il n'y a rien à comprendre, dit l'allumeur. la consigne c'est la consigne. Bonjour.
Et il éteignit son réverbère.
Puis il s'épongea le front avec un mouchoir à carreaux rouges.
- Je fais là un travail terrible. C'était raisonnable autrefois. J'éteignais le matin et j'allumais le soir. J'avais le reste du jour pour me reposer, et le reste de la nuit pour dormir...
- Et, depuis cette époque, la consigne à changé ?
- La consigne n'a pas changé, dit l'allumeur. C'est bien là le drame ! la planète d'année en année a tourné de plus en plus vite, et la consigne n'a pas changé !
- Alors? dit le petit prince.
- Alors maintenant qu'elle fait un tour par minute, je n'ai plus un seconde de repos. J'allume et j'éteins une fois par minute !
- ça c'est drôle ! les jours chez toi durent une minute !
- Ce n'est pas drôle du tout, dit l'allumeur. Cela fait déjà un mois que nous parlons ensemble.
- Un mois?
- Oui. Trente minutes. Trente jours ! Bonsoir.
Et il ralluma son réverbère.
Le petit prince le regarda et il aima cet allumeur qui était si fidèle à sa consigne. Il se souvint des couchers de soleil que lui-même allait autrefois chercher, en tirant sa chaise. Il voulut aider son ami:
- Tu sais... je connais un moyen de te reposer quand tu voudras...
- Je veux toujours, dit l'allumeur.
Car on peut être, à la fois, fidèle et paresseux.
Le petit prince poursuivit:
- Ta planète est tellement petite que tu en fais le tour en trois enjambées. Tu n'as qu'à marcher lentement pour rester toujours au soleil. Quand tu voudras te reposer tu marcheras... et le jour durera aussi longtemps que tu voudras.
- ça ne m'avance pas à grand chose, dit l'allumeur. Ce que j'aime dans la vie, c'est dormir.
- Ce n'est pas de chance, dit le petit prince.
- Ce n'est pas de chance, dit l'allumeur. Bonjour.
Et il éteignit son réverbère.
Celui-là, se dit le petit prince, tandis qu'il poursuivait plus loin son voyage, celui-là serait méprisé par tous les autres, par le roi, par le vaniteux, par le buveur, par le businessman. Cependant c'est le seul qui ne me paraisse pas ridicule. C'est, peut-être, parce qu'il s'occupe d'autre chose que de soi-même.
Il eut un soupir de regret et se dit encore:
- Celui-là est le seul dont j'aurais pu faire mon ami. Mais sa planète est vraiment trop petite. Il n'y a pas de place pour deux...
Ce que le petit prince n'osait pas s'avouer, c'est qu'il regrettait cette planète bénie à cause, surtout, des mille quatre cent quarante couchers de soleil par vingt-quatre heures!
un conte pour enfant ? une des plus belle pépite philosophique ? des petits mots légers ? un profond message de vie et du choix de la faire ?... à vous de le dire ! le seul conte sera de penser que ST Ex n'est jamais tombé du ciel...
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Par Jean-yves BUGELLI
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