Mercredi 3 mai 2006
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21:58
Qui, mieux qu’un bavard, pouvait donner la parole au silence. Un premier oxymore qui laisse présager que, sur le silence, les avis sont non seulement partagés mais encore antinomiques !
Ni les mots, plus que l’écrit ne sauront,
sans l’humilier, parler et honorer le silence
Le silence, intangible,
que l'on ne peut ni prendre ni sentir.
Insupportable leçon !
On découvre dans l’écrit la semence d’une certaine discorde sur le sujet :
Et d’être bousculé par les poncifs et certains traits littéraires.
Et l’on accorde l’or au silence laissant l’argent à la parole ;
en écho discordant Pascal affirme, prenant à témoin la parole des saints, que le silence est la plus grande des persécutions.
Comme pour continuer, Stevenson disait du silence qu’il était le plus cruel des mensonges.
Et à ceux qui me diront que ce sont des mots du passé, je me permets de rappeler les silences de certaines années 40, et ceux, bien plus proches, de quelque nid pédophile de ces derniers mois…
En fait, le silence n’est pas un confort ou une lâcheté ; c’est un travail.
Et Vigny de me dire que seul le silence est grand, tout le reste étant faiblesse ;
La seule réponse à l'exigence, c’est la mort.
Le silence définitif ; mais il s’agit là d’un silence subi
et la mort lui vole sa réalité.
Au commencement ou, plutôt, juste avant,
était le silence. Avant l’univers ; avant la vie ; avant l’homme…
Avant l’éventuel Big-Bang, affirmation originelle d’un énorme bruit….
Et j’imagine le fourmillement bruissant de la création ;
et puis l’homme.
Sa gestation, la naissance hurlante, la vie bruyante.
Et, après la vie de l’homme, sa mort.
Un autre silence, bien plus angoissant ;
Nous ne saurons que plus tard s’il est lumière ou seul silence.
Vérité ou peur…
Ma formation personnelle a entretenu une grande idée du silence :
Certains dogmes n’excluent pas-t-il les questions ?
Que ce soit sur la vie, la mort, la conscience, l'amour
et bien sur la croyance divine ?
En ce domaine, croyez-moi, le silence nourrit l‘absence de connaissance qui soutient la croyance sans preuve, les questions interdites ;
et de revenir aux dogmes ;
ces lois sans mises en cause ;
ces fruits d’un silence malsain.
Parfois pervers.
La perversité étant, en la matière,
de donner au silence la capacité de toucher au divin.
Mais si, plus que l’absence de parole,
la consigne de silence ne dépassait pas le silence lui-même ?
Parce que, ne pas ouvrir la bouche est, somme toute, physiologiquement facile.
Facile… facile ??
Et d’en conclure angéliquement qu’il suffit de se taire….
Pour se nourrir de l’émerveillement d'écouter et d’entendre…
Je garde mes impulsions :
Je veux prendre la parole, m’exprimer, réagir…
Mais comment vous connaître pour vous apporter mes propres certitudes ?
Et comment me savoir pour qu’elles vous soient certaines ?
Si je veux progresser, je dois vivre.
Et me taire si j’en décide ;
ne rien dire si tel est l’enseignement.
Il n’y a, en effet, dans le choix du silence rien d’inné ;
seul de l’acquis.
Souvent, le mot est une attaque,
une guerre.
Une incompréhension en regard du silence qui écoute.
Se taire c’est se laisser la possibilité de comprendre !
Le silence est sagesse,
parce qu’il est plus sage de se taire pour entrer en connaissance ;
le silence est force,
parce qu’il est plus fort de ne rien dire que de dire la colère ;
le silence est beauté, parce qu’il est plus beau de ne rien dire que de faire mal.
Le verbe n’a de raison que l’idée qu’il sait porter ;
peut-être saurai-je un jour soutenir ce propos devant vous.
Pour donner et participer,
en ne faisant pas de la parole un combat pour le pouvoir,
une façade du savoir.
Mais un mot de plus, sur le silence, serait bruyant et incongru.
Je me tais,
Je veux dire, je veux faire,
silence…
2002
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