
CELA TE RAPPELLE QUELQUE CHOSE…
Un courrier ; trois photos et un post-it…
Ma sœur, m’envoie, la poste étant complice, un rappel aux souvenirs.
Nous en avions déjà plaisanté, parce que, au moins pour moi mais certainement pour elle, seul le rire pouvait évacuer ce passé…
« Peut-être nos souvenirs sont-ils identiques ? »…
Ou peut-être sont-ils tellement différents qu’il était temps de jeter un pont de
compréhension entre nous deux…
Parce que ces trois photos ne sont pas anodines : elle me plaque au fond du
fauteuil douloureux de ma psy qui me demande ce que cela éveille en moi…
Et, du fond de ce fauteuil tout me revient ; ce qui m’a fait mal, ce qui m’a fait peur, ce qui a commencé à me démontrer que je n’étais pas à ma place et que je passerai ma vie à faire
semblant d’en occuper une autre.
Résumons les lieux du crime ; car il s’agit bien de crime contre l’enfance
et les fondements d’une vie en construction. Et soyons clairs : les 129 habitants de l’endroit ne sont complices de rien ; spectateurs, tout juste spectateurs… Comme au début de
l'Occupation locale...
L’endroit ? Burey en Vaux, dans la Meuse ; Une commune calme et rurale, près de Vaucouleurs, à quelques pas de Donrémy, petit village lorrain qui donna naissance à la première miss
France, plus France que miss, dans la mesure où le jury était présidé par un archange et quelques autorités du même ordre.
Pour des raisons certainement économico-régionales, cette bourgade a été le siège
de ma, (notre, mes excuses Marie-Jo) première colonie de vacances ; je ne sais plus si c’est un choix de collectivité régionale ou celui de l’employeur de papa. Ce serait cohérent pour cette
entreprise minière qui donnait le fond de la mine en compétition avec la santé de ses employés dans un Pari Mutuel où les joueurs ne savaient pas que le cheval Cancer était favori ; Le
minerai de fer contre un corps qui n’était pas du même métal, cela sentait pourtant l’arnaque…
Cohérent, parce que décider de traumatiser les enfants de leurs victimes dans des camps (je choisis ce terme dans l’esprit 1940 du terme) qui devait les formater à la tristesse, la desespérance
et la honte, devait participer à une sorte de solution définitive, dividendes encaissés… La noblesse des De Wendel ne vait en souffrir... financièrement, s'entend.
Il fallait que notre honte soit plus forte que la colère et les remords. Au moins à la maison ; une maison généreusement offerte en avantage en nature par une entreprise qui s’en foutait, de
la nature.
Avant d’aller plus loin dans l’affect, on doit s’arrêter au terme de
« colonie de vacances ».
Une sorte d’oxymore qui ose allier des termes si antinomiques ; Burey était une sorte d’excès dans la fusion de la tristesse et de l’échec. Où les vacances ne représentaient que celles de
ceux qui s'arrêtaient.
Tristesse, parce qu’il s’agissait de la première vraie séparation familiale ; paradoxalement proche et éloignée de notre fuseau d’amour ; Proche, par que si prés de chez soi et si loin
de se dire, Echec, parce que l’on plongeait dans ce sombre endroit dans le peu de vie. Comme des flashs de lumière glauque, on se mangeait, enfant, toutes les suspicions de drames à venir. Avec
ces noires leçons de confiance.
Donc, Burey en Vaux fait partie du Val des Couleurs…
J’en retiens le noir et le gris et le mouillé nacré de quelques larmes de nuit ;
J’y ai pris des claques dramatiques ; j’y ai appris l’injustice, la gestion
industrielle et froide de l’enfant. La honte (mais je l’ai déjà dit) la soumission à des moniteurs et si peu de monitrices, une obéissance idiote et horodatée (comme dans la sieste
« semblant », qui, je l’ai appris plus tard, donnait un temps de repos à l’encadrement !)
Le cadre ?
Un vieux bâtiment (j’ai l’impression, en voyant la photo de Marie-Jo, que rien n’a changé), une route à traverser, un grand parc descendant, herbeux et bien planté…
Mon seul souvenir de ce parc ?
Une monitrice qui s’écroule à genoux en pleurant… Du mouvement autour… et on ne l’a plus revue.
Que cela m’ait empêché de dormir, passe encore… et encore ! Mais de voir des
enfants giflés d’énurésie, cela vous apprend parait-il la vie !
Moniteurs de l'époque ? Sales cons sous-payés, inventant avant les vraies
formations… aussi sous-payées, la manière de bien faire, même si la gifle et l’ironie aux pisseurs, ne devaient pas être dans leurs cours sommaires…
Mi fille, mi raisin, j’avais construit sur ma table de nuit un paysage : chalet porte-bijoux, fleurs, arbres, gravier et mousse…
Et tous ceux que j’avais défendus, ou qui m’avaient conquis, ou dont je rêvais d’être mes amis, furent les plus nombreux à me renvoyer à mon univers de sensibilité… Ils disaient de gonzesse…
Burey en Vaux restera, je vous le jure, la révélation de mes retards, mes avances, mes si peu mieux et mes lourdes différences. J’avais un petit sexe, pas de poil, et une voix de fausset… Tout
pour faire de moi un homme, enfin pour… pour le reste… Et, heureusement pour me rappeler à tous mes complexes, mes parents m’ont mis plus tard (mais si près…) en pension… chez les gentils pères !
J'y ai appris la sexualité interne, avec, et ce fut une victoire, des louanges sur l'aspect de mon sexe...
Mais je vous le dirai plus tard… Le pire n’est venu qu'aprés, mais si
près…
Revenons à la sainte ombre, qui est si large qu’elle est suspendue au dessus de
burey en Vaux… Et Marie-jo de me montrer cette petite niche où Jeanne la guerrière semble veiller sur les lieux. Semble
, parce que je ne veux pas croire
qu’une sainte, fut elle de guerre, puisse ne pas veiller sur notre jolie colonie de vacances…. Mais n'est pas Henri VII qui veut, ou qui pourrait...
CETTE STATUE ! La complice de cette sale parenthèse de mon enfance : En
sortant, à droite, une niche où cette guerrière de Jeanne ne brillait plus que par son épée. J’ai longtemps cru qu’elle nous soutenait ; une sainte, née dans le coin, n’aurait jamais pu
cautionner le mal fait aux enfants…
Mais ses seuls ennemis étaient anglais ; dommage pour
nous…
Les jours passent, et préparent la calcification de certaines horreurs.
On ne sait plus qui est coupable, et le plus noir est de croire que c’est nous-mêmes ; Et personne, entre les responsables de là et les complices d’après, ne payera…
Et on rentre à la maison.
On ne peut rien raconter ; pour ne pas leur en vouloir…
Et quarante cinq ans plus tard, on évacue ses noirceurs, ses douleurs et ses
cris ; et elle maudit ma lettre parce que mes mots la font vomir…
On ne sait plus qui est coupable, et le plus noir est de croire que c’est nous-mêmes ; Et personne, entre les responsables de là et les complices d’après, ne payera…
Si ce n’est ce sale porte-monnaie
De nos cœurs amochés
déglingués de soupirs,
au risque d’en mourir…
Et me revoilà, couché sur le lit raboté de ma psy…
Et de rien avoir tué de mes troubles, et tout de mes rêves…
Burey en Vaux, du « val des couleurs » a mangé mes arguments, ma foi en
moi et dans les autres…
Et quand, presqu’à peine plus tard j’entrai en alumnat, bébé entonnoir du
séminaire, je portais le même bagage de honte et de questions.
J’ai 54 ans ; je subis les mêmes questions, et honte de ma honte ;
De l’amour, je regrette de ne pas l’avoir plus fait ;
De la vie, je me demande quand elle va finir :
De demain, je veux de l’amour et de la vie,
Jusqu’à la fin…
Merci Marie-jo et dommage...
Merci de me rappeler mes début d'homme
dommage de me les souvenir...
Mais que du plaisir d'en parler,
au détour de quelques mots...
à MAMIJO
l'ainée de mon coeur...
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